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Nalemuru Gate (2000m) – Simba Camp (2600m)

14h30, la marche débute. Dans son briefing, Obédi a été très clair sur les règles à respecter : il faut écouter le guide et respecter son rythme de marche. Si nous voulons arriver en haut il ne faut pas nous disperser et marcher « Polé Polé » (ce qui peut se traduire assez littéralement par « doucement doucement »), le début du trek n’échappe pas à cette règle et nous nous enfonçons lentement dans le sous bois.

Rapidement nous sommes rattrapés par deux écolières qui restent un petit moment à notre niveau. Les inscriptions sur les sacs ressemblent à ce que nous avons connus dans les années 80 : « I love school and I love my teacher ». Une des petites filles marche en sandales. Les guides nous expliqueront un peu plus tard que l’école n’est réellement obligatoire et comprise comme étant importante par les Tanzaniens que depuis quelques années, certains élèves sont obligés de faire plusieurs heures de marche par jour pour rejoindre leurs cours. Au vu du nombre d’enfants croisés marchant sur le bord des routes ce matin je n’ai aucun mal à les croire (j’ai un peu plus de mal à saisir le rythme scolaire : quel que soit le moment de la journée nous avons vu des écolier marcher sur le bord de la route!!!).

Au bout d’une heure de sous bois, alors que la route n’est pas très variée nous croisons une meute de babouins! Si la rencontre n’est pas surprenante dans cette région d’Afrique, elle est inattendue!! Nous restons une bonne dizaine de minutes à contempler les singes courir devant nous, grimper dans les arbres, jouer entre eux … et nous regarder d’un air méfiant! Nous reprenons notre marche, toujours accompagnés des deux écolières puis nous retrouvons à un carrefour deux autres enfants qui attendaient visiblement nos nouvelles amies. Celles ci nous disent adieu d’un signe de la main … après nous avoir demandé si, par hasard, nous n’aurions pas du chocolat à leur donner!!

La marche continue, nous croisons une moto transportant des branches coupées, puis nous traversons un village, le dernier avant le sommet m’indique Obédi. des deux côtés de la route des femmes tiennent des comptoirs fabriqués avec les matériaux locaux et proposent des sodas occidentaux. Le tourisme est une manne à exploiter jusqu’au bout! Nous faisons une pause après deux heures de marche dans une aire aménagée. Les toilettes sont rustiques, les bancs coupants … qu’importe nous avons tous un large sourire sur le visage. La marche reprend, toujours polé polé, le guide s’arrête pour nous montrer une fourmilière dans un arbre, nous parler d’une fleur … la progression continue dans un environnement luxuriant.

Un peu avant 18h nous arrivons au camp, une grande maison de bois fait office de bureau central. Nous sommes obligés de nous inscrire dans un registre (numéro de passeport inclus!). Pendant ce temps les rangers pèsent à nouveau tous les sacs. Obédi nous explique que le poids est très strictement limité à 20kg par porteur à la suite d’abus et d’accidents. Le mode de portage traditionnel tanzanien (sur la tête) a été à l’origine de plusieurs décès. Obédi nous donne l’exemple des porteurs d’eau, incapables de lever eux même leur charge et obligés de marcher sans s’arrêter entre le départ et l’arrivée ou encore le cas de guides demandant à des porteurs de faire des allers retours entre les camps pour limiter la main d’œuvre et augmenter le profit. Maintenant tout est réglementé et on sent que ça plait bien à notre guide. Comme tous les guides il a commencé porteur dans cette époque non réglementée et il n’a pas l’air mécontent de ne plus avoir à risquer la vie de ses associés! Il précise aussi que les sacs sont pesés à plusieurs étapes du trek, et gare au guide qui dépasserait la limite pour un de ses porteurs!

Le camp est déjà monté au moment où nous arrivons. En fait, ce sera le cas tous les jours. Des tentes deux personnes pour les marcheurs, une tente de mess pour les repas, une autre pour les toilettes chimiques. Il y a aussi une tente « cuisine » et d’autres tentes dans lesquelles dorment les porteurs et les guides … ça fait beaucoup de tentes tout ça et finalement nous sommes assez serrés au milieu des autres groupes!

Les guides nous apportent des bassines d’eau chaude pour une toilette rapide, grâce à Guillaume j’ai embarqué des lingettes bébé pour compléter la bassine… ce n’est pas de trop!! Nous nous retrouvons vers 18h30 pour un gouter : du thé / café en poudre /chocolat en poudre / lait en poudre + des gâteaux secs , et des popcorns!! Il fait très chaud dans la tente.

Un peu naïvement nous demandons pourquoi nous sommes dans une tente, on serait mieux dehors! Obédi sourit avant de répondre : « Parce que ici c’est un peu haut de gamme, alors vous avez les tables, la tente, tout ça ». Puis voyant que la réponse ne nous a que moyennement convaincu il ajoute : « Au camp avant le sommet il fait aussi un peu froid, la pierre est froide, les gens préfèrent la tente ». Obedi parle très bien français, il a appris à l’école des guides et n’a depuis travaillé qu’avec des voyagistes de notre pays (il nous sort une longue liste!). Depuis quelques années il travaille surtout avec Allibert. Après une pause de quelques minutes pour permettre aux porteurs de débarrasser la table / préparer le dîner nous sommes de retour dans la tente. Le repas est surprenant de richesse : suprême de poulet en entrée accompagné de pain de mie grillé, pommes de terre sautées et bœuf en plat et banane en dessert. Excellent.

Obédi nous parle de la montagne : le Kilimandjaro est un massif composé de trois pics, le Shira à l’ouest (3960m), le Mawenzi à l’est (5150) et le Kibo au centre, 5895m à son sommet, l’Uhuru Pic, anciennement nommé Kaiser-Wilhelm-Spitze puis débaptisé en 1918 lors du remplacement de la gouvernance allemande par le pouvoir Anglais; Uhuru signifie liberté en swahili. Nous posons quelques questions sur le taux de succès : Obédi en est en gros à sa dixième ascension de l’année, le taux moyen est de 70% avec des plus et des moins (un groupe de 15 est arrivé entièrement au sommet, un groupe de 11 a par contre été décimé avec seulement 5 arrivants). Dans un sourire Obédi précise une nouvelle fois : « il faut aller polé polé ».

Avant la fin du repas, le guide fait venir dans la tente Kindo, le cuisinier, que nous applaudissons et Massaoué qui à un rôle mixte de porteur la journée et serveur le soir. A chaque fin de plat Obédi a en effet lancé un sonore « Massaoué jo » (« jo » voulant dire « venir’ ou « arriver » suivant les contextes) auquel le dénommé Massaoué a invariablement répondu par un « Massaoué ». C’est un peu bizarre mais ils ont l’air de bien s’entendre et Massaoué est redoutable d’efficacité!

La nuit tombe tôt, vers 20h30 nous sommes de retour dans nos tentes, les duvets sont de sortie, demain sera une grosse journée : 1300m de dénivelé pour aller rejoindre un camp à 3900m d’altitude : 500m au dessus du plus haut sommet des Pyrénées, au dessus des plus hauts refuges gardés du mont blanc, la haute montagne s’approche à grand pas.

 

C’est parti mon Kili!

06h50, le réveil sonne. Ça pique. Il y a une heure de décalage horaire avec la France soit l’équivalent de 05h50 chez nous… et les deux nuits précédentes n’ont duré que 5h chacune! L’accumulation du manque de sommeil commence à se faire sentir. En guise de motivation je répète à Béné toutes les 10 à 15 minutes : « Aujourd’hui on part faire le Kilimandjaro! ». Je ne sais pas trop si j’essaye de la motiver ou de me réveiller … mais ça à l’air de fonctionner pour nous deux. La douche est gelée, l’eau chaude ne marche plus, j’ai beau être matinal … j’ai mal! Nous allons partir pour 5 jours sans eau courante, cette dernière douche n’est malheureusement pas une option… après une profonde inspiration je plonge ma tête sous le jet glacé, la réaction est quasi instantanée : claquage de dents et chair de poule pour la prochaine demi heure!

Grelotants, nous rejoignons les autres au déjeuner. Tout le monde est excité par le départ, le lodge a maintenu le niveau de son buffet et nous déjeunons assez solidement en prévision des 4h de route qui nous attendent! Le rendez vous avec le guide est à 7h50 pour charger les bagages, nous croisons Obédi au moment de retourner vers nos chambres, il est en avance et nous attend depuis 7h30.

Le voyage s’effectuera dans le même bus que la veille, les sacs « marine » destinés aux porteurs voyageront sur le toit, les autres au fond du bus. Une bonne humeur générale se dégage du groupe, nous posons pour quelques photos, les premières blagues jaillissent, le guide s’y met aussi avec un « c’est parti mon kili! » indiquant le départ.

Nous quittons rapidement la ville pour nous engager sur une large deux voies. A ma surprise la route est entièrement goudronnée (d’après je ne sais plus quel guide n’y a que 10% des routes goudronnées en Tanzanie, je me rends rapidement compte que les grands axes touristiques en fond partie!). Je suis frappé du nombre d’habitations non terminées (les murs en parpaings sont construits mais soit il manque les fenêtres et la porte, soit la toiture!). La végétation change : dans un premier temps une grande plaine où une végétation clairsemée se développe puis une plaine plus sèche, limite aride avant d’arriver dans une zone plus luxuriante où les bananiers dominent le paysage!

Les villages croisés n’ont plus ni caniveaux ni trottoirs! La terre est partout, ce qui interpelle le plus est le nombre d’enfants marchant le long des routes en costume d’écolier. Nous en croiserons des centaines aux uniformes colorés en fonction de leur âge. Les adultes ne sont pas en reste, de nombreux groupes d’hommes discutent devant les maisons des hameaux que nous traversons. Ici deux hommes réparent une moto, là un troupeau de vaches / chèvre / ânes mélangés est conduit le long d’une route … De très nombreux hommes sont assis sur leur moto dans l’attente d’un éventuel client à transporter. Le code de la route est assez souple ici, ligne blanche veut dire « attention avant de doubler », la bande d’arrêt d’urgence sert à libérer de la place au milieu de la route en cas de besoin, nous nous faisons doubler par une moto transportant 4 personnes…

A chaque arrêt du bus un nouveau guide / porteur nous rejoint! Rapidement une dizaine de personnes monte dans le bus! 4 sur la rangée de devant (chauffeur compris!), 5 sur la deuxième rangée, tous les strapontins possibles ont été rajoutés pour augmenter la capacité du bus! Obédi nous a prévenu que notre expédition comptera 38 personnes, nous n’avons pas trop compris si c’était nous compris ou non, mais ,dans tous les cas, ça commence à faire beaucoup!! Lors d’une pose où nous descendons, le chauffeur demande à nous prendre en photo, quelques guides dont David feront pareil!

Malgré ses 4h, la route est loin d’être monotone, de très nombreux ralentisseurs (ultra violents!) viennent ponctuer les lignes droites des plaines, et les virages dangereux des contreforts du massif. Dans la montée vers les portes du Kilimandjaro alors que notre bus souffre du dénivelé nous croisons un camion en panne dans un virage, le bus ralenti, les fenêtre s’ouvrent : « Avez vous besoin d’aide ? » lance le chauffeur, « c’est bon » répondent les trois hommes en train de réparer (David me fait la traduction), nous ré-accélérons, je ne peux m’empêcher d’imaginer la même scène dans les Alpes ou les Pyrénées et le concert de klaxons qui aurait accompagné la réparation.

Nous traversons Moshi sans nous y arrêter, le temps de nous en rendre compte la bourgade est déjà loin derrière … tant pis il faudra faire avec trois gourdes au lieu de quatre pour Béné et moi et je n’aurais ni bâtons ni guêtres! Les autres membres du groupe qui devaient compléter leur équipement font aussi un peu la tête mais personne ne sait à ce stade s’il est vraiment problématique de ne pas avoir ces objets … optionnels dans la liste Allibert!!

Les guides nous indiquent une première porte sur la gauche de la route : Marangu Road. Nous ressortirons du parc par ici mais pour l’instant nous continuons vers le Kenya, frôlons un poste frontière et arrivons enfin à Nalemoru Gate, plus connu sous le nom de Voie Rongai!  L’arrivée est assez épique, engagé dans un chemin de terre chaotique le bus fait demi tour, nous pensons que le chauffeur s’est trompé… en fait nous sommes arrivés!

La porte est constituée de petites baraques, une pour les touristes, le reste pour les guides et les rangers qui gardent le parc. Nous nous installons dans l’enclos à touristes, les guides nous apportent une box déjeuner, la nourriture est très très dense (il faut bien mâcher les gâteaux!!!). Pendant ce temps le bus est déchargé et les sacs que nous avons laissés aux porteurs sont pesés. Des groupes sont déjà en train de partir et nous voyons des porteurs chargés d’un sac dans le dos et d’un autre sur la tête s’enfoncer dans la forêt de conifères qui longe la route.

Obédi profite du repas pour faire un dernier briefing avant le départ : après nous avoir présenté trois autres guides : Johnny, qui semble assez âgé, Emmanuel, qui est en quelque sorte l’intendant de l’expédition ( et nous comprendrons plus tard qu’intendant veut aussi dire grand chef) et Barrak, le frère d’Emmanuel qui doit a peine dépasser les 20 ans et dont nous ne saisissons pas trop le rôle à ce stade!) il enchaine par le parcours. Obédi indique que nous sommes à environ 2200m d’altitude (en pratique nous sommes à 2000!) et que nous allons nous rendre à Simba Camp (Simba signifiant … Lion!) à 2600m d’altitude. La marche durera environ 3h et se fera dans le sous-bois de la forêt. Pas de difficulté particulière à signaler, nous pouvons chausser les chaussures de trail plutôt que les chaussures de marche. Obédi nous explique aussi le plan de route, 5 jours et 4 nuits pour gravir le Kilimandjaro et ressortir du parc. Il nous donne le détail des camps et des altitudes, chacun écoute, j’ai du mal à me dire que je suis vraiment là. Obédi me rappelle à la réalité : « Départ dans 5 minutes ».

Tout le monde s’affaire, nous complétons nos gourdes avec de l’eau minérale pour la dernière fois, les prochaines devront être purifiées avec un micropur, les appareils photos sont sortis et réglés. Obédi nous lance à nouveau un « C’est parti mon Kili! », un dernier regard vers le bus et la colonne s’ébranle.

L’ascension vient de commencer.