La journée n’est malheureusement pas terminée! Après deux heures de repos nous passons à table, les têtes sont lourdes mais tout le monde raconte son ascension :
- Quentin, malade depuis deux jours a demandé de lui même à redescendre après avoir vomi et s’être fait distancé plusieurs fois par le groupe. Il a renoncé aux alentours de 5500m, c’est Johnny (le premier guide hors Obédi à nous avoir été présenté) qui l’a raccompagné en bas. J’en conclus que Johnny devait être un guide sénior pour repartir tout seul, de nuit et dans la descente avec un marcheur malade!
- Benoit lâché par ses genoux pendant la descente était un peu trop polé polé au gout des guides : Emmanuel, son frère et un autre guide l’ont soutenu pendant près de 4 km pour lui permettre d’arriver à l’heure du repas. Benoit avouera un peu plus tard ne pas avoir été très clair dans les dernières centaines de mètres de l’ascension, Gopu et Maël confirmeront l’avoir rattrapé à de nombreuses reprises!
- Nadège et Roger, parfaitement arrivés en haut, ont tous les deux vomi pendant la descente. Nadège en altitude, Roger au moment de poser son sac au campement… Mieux vaut tard que jamais 😉
- Maël n’était pas au mieux pendant la montée, il a lui aussi vomi aux alentours de 5500. Au moment où les guides ont récupéré quelques sacs il n’était pas loin du bout : raison pour laquelle il a forcé la reprise du sien!
- Gopu, exténué, s’est endormi à de nombreuses reprises pendant la marche, passant assez proche de l’accident. Il a par contre refusé que l’on récupère son sac : « no assistance » a-t-il dit aux guides avant de récupérer ses affaires entre Gilman’s et Stella point.
- Fred est celui qui semble avoir le mieux supporté l’ascension, après des débuts compliqués où il ne sentait plus ses bras et avait perdu toute sensibilité dans ses mains il s’est bien remis et a enchaîné sans problème montée puis descente. On ne peut pas en dire autant de David. Notre apprenti guide qui a accompagné Fred pendant la descente doit être celui qui a le plus vomi du groupe malgré sa dizaine d’ascensions!
- Séverine était au mieux jusqu’à 5700 avant de décliner sur le sommet, elle a aussi vomi sur la descente, juste avant de repasser en dessous des 5700! Obédi l’a accompagnée pendant toute la descente.
- Béné enfin, à part son mauvais départ , a plutôt bien géré le sommet même si un énorme mal de tête la poursuit toujours malgré le retour à Kibo Hut.
- De mon côté ma défaillance entre 5300 et 5500 a failli me couter le sommet, Emmanuel est resté à côté de moi pendant cette période à la demande d’Obédi afin de vérifier que mon état n’empirait pas, arrêter de boire au moment où je l’ai fait était certainement à la fois la pire et la meilleure des solutions …
Le repas a un peu de mal à passer : soupe / ragout de pommes de terres, je me force. En fait ça fait beaucoup de bien, d’un coup je n’ai plus mal au crâne et je me sens prêt pour affronter le reste de la journée : 10km de marche pour descendre à nouveau de 1000m et permettre à nos organismes de se régénérer.
Le début de la descente se fait dans les grandes plaines volcaniques que nous avons emprunté à l’aller. Nous bifurquons rapidement pour emprunter un immense chemin, nous avançons à bon pas. Les nuages roulent dans la plaine, des porteurs passent sur une route parallèle… un grand sentiment de liberté m’habite alors que nous discutons du sommet et des prochains voyages que nous envisageons!
La suite est un peu plus compliquée : nous terminons sous une légère pluie, sur un chemin pierreux puis dans le lit caillouteux d’un ruisseau. J’ai rangé mon appareil photo, la végétation reprend ses droits et nous voyons même ce que nous identifions comme des palmiers (à 4200m d’altitude!!) Il s’agit en réalité de Senecio Kilimanjaro!
Nous arrivons vers 16h30 au camp, après nous être enregistrés nous zappons le gouter pour faire la sieste et retrouvons les autres pour le repas à 18h30. Horombo Hut est de loin le campement le mieux aménagé que nous ayons vu : nombreux bâtiments, vraies toilettes avec eau courante …. un luxe!!
Au repas du soir tout le monde est fatigué, nous avons l’impression d’avoir fait le sommet il y a deux ou trois jours, c’était à peine ce matin!! Soupe, Riz, Haricots blancs, les portions sont moins importantes que précédemment mais le cuisinier continue ses miracles.
Avant de nous séparer nous mettons en commun le pourboire des guides, une tradition locale parait il. Nous n’avons pas réussi à savoir combien notre voyagiste payait l’équipe, qu’importe, les encouragements du matin et les sourires au somment sont encore dans nos têtes. La qualité de la cuisine aussi, nous mettons 100$ chacun, 1000$ en tout. Obédi nous remercie, il nous demandera cependant une rallonge de 100$ le lendemain pour deux porteurs « qui ont un double rôle ». Le monde des guides est extrêmement hiérarchisé, Emmanuel est le grand chef au camp, quand il parle même Odébi écoute, une fois en montagne c’est par contre Obédi qui est seul maitre. Il n’y a que David (apprenti guide) et Obédi qui mangeront à notre table. Johnny et Daniel seront les seuls guides à avoir le droit de conduire le groupe en dehors d’Obédi… et encore, une fois le sommet passé! Le cuisinier a un rôle important, Obédi nous explique qu’un cuisinier ne porte pas d’affaires quand il est en expédition. Les porteurs ayant emmené l’eau en haut sont aussi mieux reconnus que ceux ayant emporté uniquement les tentes … Toute une hiérarchie sociale aux marqueurs surprenants : Obédi n’a pas de cape de pluie, il a un parapluie qu’il transportera tout du long du voyage le long de son sac, plusieurs autres chefs guides arborent la même distinction!
La nuit est tombée et il est temps de nous séparer. Demain le réveil sera une nouvelle fois matinal : nous avons 20km à parcourir et il faut arriver pour déjeuner à la porte du parc, il faudra se lever à 06h00! Séverine accepte d’assurer le réveil du groupe. Tout le monde va se coucher sauf Quentin qui, un peu remis, fait à nouveau de superbes photos des tentes et du ciel!
