Gilman’s point (5685m) – Uhuru peak (5895)

La marche entre Gilman’s point et Uhuru peak (l’accès à la couronne du cratère et le sommet du mont) est longue et fastidieuse. Le chemin monte, descend, passe entre des blocs rocheux …. je commence à souffrir de la fatigue (celle qui fait dormir!) et mes yeux ont un peu de mal à rester ouverts. Séverine n’a pas l’air au mieux, Gopu donne l’impression de marcher les yeux fermés et il doit régulièrement être rattrapé … nous ne faisons pas vraiment rêver!! Je continue à prendre quelques photos, j’essaye de faire un panorama du cratère. En y regardant à postériori ,l’ordre des photos est totalement insensé, Béné me dira plus tard ne pas avoir compris ce que je faisais … miracle ou coup de génie, une fois recollée la photo est complète!!

Lors de la deuxième pause les guides récupèrent le sac de quelques personnes, je vois Gopu donner son sac puis le récupérer, Maël insiste pour passer le sien, je ne comprends plus trop ce qui se passe. Je garde mon sac et Béné le sien, elle me prête par contre ses bâtons et Nadège donne les siens à Maël. Obédi nous demande de ne pas nous coucher au soleil et de rester assis. Il réveille Séverine qui s’était endormie pendant la pause et nous repartons. A la pause suivante j’applique la règle mais mon fauteuil ressemble un peu trop à une chaise longue, je m’endors à mon tour avant d’être vertement réveillé par Obédi. Quelque part j’ai bien envie de lui répondre que je n’ai pas contrevenu à ses règles … d’un autre côté il vaut mieux ne rien dire et repartir!! Nous passons Stella point (arrivée de la voie Machame) et son flot de touristes. Il ne reste plus qu’une courte ligne (et 130m de dénivelé) pour atteindre le sommet!

Le groupe explose un peu, Séverine marche au bras d’Obédi. Avec Benoit nous accélérons, mécaniquement, accompagnés du reste de la troupe. Depuis que nous avons atteint Gilman’s point je n’ai aucun doute sur le fait d’arriver au sommet, je n’ai par contre aucune idée sur la manière dont je redescendrai … Le chemin est un peu plus long que nous ne l’espérions et nous luttons pas après pas pour atteindre ce maudit panneau de bois symbolisant le sommet. 30m, 20m, 10m, enfin nous y sommes!! J’ai mis toute l’énergie qu’il me restait dans l’emballement final, je titube, Fred m’empêche de tomber, puis Benoit. Je m’assois, essaye de faire le point. Je me sens bien physiquement et pourtant je n’ai plus d’énergie… D’un coup je comprends mon état : ça fait bientôt 3h30 que je n’ai plus rien bu!! Je ne veux toujours pas d’eau de peur d’être à nouveau malade, mais je me rappelle du kit de survie donné par les guides, je fouille fébrilement dans mon sac, trouve le jus de mangue … je l’avale en quelques secondes. J’ai l’impression de revivre, je me relève, les guides sont autours de nous, beaucoup plus nombreux que je l’aurais pensé (presque 10). Ils nous tapent dans la main, ont l’air vraiment heureux d’être là haut avec nous, l’ambiance est à la détente. Nous nous comptons à haute voix pour la première fois : Quentin n’est pas avec nous. Une vrai déception, nous avons été une superbe équipe depuis le début et nous aurions tous aimé arriver ensemble au sommet… Heureusement les guides nous reboostent : il faut faire des photos, nous récupérons le spot pour poser ensemble, puis à tour de rôle! Un américain râle, tant pis pour lui, nous sommes au sommet du Kilimandjaro, il n’a qu’à attendre son tour!!!

Après une quarantaine de minutes (7h20-08h00) il faut repartir. J’ai réussi à manger un petit peu, je n’ai par contre pas bu plus que le jus de mangue, mon eau est encore gelée! J’aide Benoit à mettre une genouillère avant qu’Odébi ne divise le groupe pour la descente. Je pars avec Gopu et Béné sous les ordres de Daniel, un géant longiligne au sourire sympathique. Obédi nous prévient : « il faut descendre directement, pas de photo, pas de pause, vous suivez Daniel ». Je regarde ses jambes de 2m sans pouvoir m’empêcher de penser avec un mauvais pressentiment à Lolo, viking hippie croisé dans la cordillère des Andes. A la manière dont Obédi parle j’ai l’impression d’une mission sauvetage devant nous redescendre au plus vite … les premières foulées de Daniel ne font que confirmer ma peur!!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *