7h00, une nouvelle fois le réveil est compliqué. Ma nuit a été particulièrement mauvaise, après m’être tranquillement endormi je me suis réveillé vers minuit avec l’impression d’être dans une cocotte minute. J’ai encore sous estimé mon duvet et je me retrouve très largement au dessus de sa température de confort!! J’enlève mon pantalon puis le teeshirt à manches longues que j’avais gardé, j’essaye de me rafraîchir sans attraper un gros coup de froid (il ne fait pas non plus 20° dans la tente!! Nous sommes par une nuit claire aux alentours de 3900m d’altitude, je pense que nous ne sommes pas loin du zéro). Une fois l’équilibre de ma température à peu près rétabli j’essaye de me rendormir avec assez peu de succès. A force de me tourner et de me retourner je finis par atterrir sur le ventre, je sens alors mon cœur qui bat anormalement vite, inquiet je me retourne à nouveau, essaye de me calmer … rien n’y fait, je continue à percevoir les battements puissants et rapprochés dans ma poitrine. Je commence un peu à paniquer, j’ai même l’impression d’avoir une douleur dans la poitrine avant de me convaincre quelle n’est que mentale, je prends un doliprane, réveille malencontreusement Béné dans l’opération puis continue à me retourner entre deux somnolences, jusqu’au matin. Au réveil je sens toujours mon cœur battre, je prends mon pouls … 64, ce n’est pas énorme mais pour quelqu’un qui tourne plutôt dans les 50 au repos ça fait presque 30% plus rapide!!
J’en parle aux autres au déjeuner, certains ont le pouls qui a accéléré, d’autres sont encore proches de leur rythme normal. Obédi explique qu’il ne faut pas s’inquiéter et que c’est parfaitement normal à cette altitude. Je m’en veux doublement d’avoir gâché ma nuit : pour ne pas avoir fait confiance à mon matériel en rajoutant des couches de vêtements, et pour ne pas avoir fait confiance à mon organisme en me demandant ce qui n’allait pas au lieu de me rendormir tranquillement. Béné positive : au moins nous sommes sûrs d’arriver à dormir au prochain camp. Et c’est vrai qu’il y a de quoi positiver, le temps est magnifique, la mer de nuages est toujours présente en dessous du camp, par contre le Kili a perdu sa cime blanche. Le camp s’affaire pour préparer le départ, c’est assez impressionnant au vu du nombre de porteurs! Dans l’euphorie nous oublions un peu tous que le prochain campement est à 4700m d’altitude et partons un T-shirt ou sweat léger, le soleil est magnifique à ce moment et il n’y a que quatre heures de marche, comment imaginer un changement de temps!!
Le départ est donné, nous marchons groupés, globalement tout le monde est encore en forme et le temps, tout comme le paysage, nous donne une grosse motivation! Sur la gauche de notre chemin le Mawenzi se dessine derrière les nuages. La route est très impressionnante, au fond d’une large vallée volcanique le passage est suffisamment large pour que les porteurs nous doublent sans que nous n’ayons trop à nous écarter. Un peu partout des pierres volcaniques jonchent le sol. La végétation se fait rare et est très jaunie par le soleil. Obédi nous a averti qu’à partir de ce camp il n’y a plus de source d’eau, il faudra donc nous restreindre au prochain camp (pour la cuisine, les gourdes, mais surtout l’eau chaude pour la toilette des matins : il faudra s’en passer!). Ce sont 4 ou 5 porteurs sélectionnés par Emmanuel qui ont la lourde charge de transporter toute l’eau dont nous aurons besoin sur leur tête.
La végétation disparait un peu au dessus de 4000m. Des traces de grosses coulées de lave sont très visibles, l’étendue sur laquelle nous marchons se déploie à perte de vue dans notre dos, devant nous, nous avons l’impression de franchir une suite de petites vagues concentriques toujours plus élevées. Une nouvelle fois je confronte le paysage rencontré à l’altitude de marche : nous sommes à quasiment 4200m quand le vent et les nuages nous rattrapent, nous pourrions rencontrer les mêmes paysages 2000 plus bas en Europe, je n’en serai pas choqué!! La marche est toujours polé polé, le seul indice indiquant réellement l’altitude est la vitesse des porteurs : ils ont considérablement ralenti depuis le début et cheminent à peine plus vite que nous!
Nour profitons des pauses pour nous couvrir, d’abord un sweat plus épais puis un bonnet enfin le gore tex pour nous protéger du vent! Le soleil disparait à nouveau, les nuages nous enveloppent et le vent se rafraîchît. Nous approchons des 4500m.
Vers midi et demi nous sommes à Kibo Camp, 4700m. J’ai l’impression d’arriver dans une mini ville himalayenne : le vent est maintenant accompagné de grésil, la visibilité est faible, il y a de très nombreux bâtiments, un peu partout des porteurs et des groupes de marcheurs se pressent. Nous passons par la traditionnelle étape de l’enregistrement. Devant nous une femme explose en pleurs et est mise à l’écart par son guide. Nous ne saurons jamais si elle venait de redescendre du sommet ou d’arriver pour le tenter.
J’ai un regain d’énergie à l’approche du sommet, ce n’est malheureusement pas le cas de tout le monde. Béné est prise de maux de tête assez importants, Benoit et Quentin ne sont pas au mieux non plus. Le campement est comme d’habitude déjà installé, Obédi nous encourage à aller manger!
Le repas est exceptionnel, à 4700m Kindo réussit à nous proposer des chips (et pas des chips industrielles, des chips où on sent que l’ingrédient de base est la pomme de terre!!), des beignets à la confiture, du poulet rôti … et des brochettes de fruit. Dehors le grésil continue de tomber. Le repas se termine par le traditionnel thé / chocolat. J’explore ensuite un peu l’endroit pour faire quelques photos, en particulier le panneau présent dans chacun des camps du parc : sur un côté se trouvent les indications pour aller au sommet, de l’autre les étapes jusqu’à la sortie.
6 kilomètres, 6 petits kilomètres seulement pour arriver au sommet mais presque 1200m de dénivelé. 20% de pente en moyenne, pour 6 à 8h de marche. Difficile de juger la difficulté, mais c’est dans ces 6km que tout se jouera. Avant de partir j’ai discuté avec beaucoup d’amis ayant déjà gravi le Kilimandjaro, tous m’ont parlé de cette dernière journée « dure », « éprouvante ». « Il faut se lever en sachant que tu iras en haut » m’ont ils dit.
Je retourne dans la tente pour essayer de faire une petite sieste (et je m’endors, suite à ma nuit précédente, assez facilement!!). Nous nous relevons vers 17h30 pour un dernier repas avant de repartir pour une nouvelle sieste. Le diner a un peu de mal à passer, cela fait à peine 4h que nous sommes sortis de table et depuis je n’ai fait que dormir!! Le potage poireaux pommes de terre (les pommes de terre c’est sur, les poireaux un poil moins!) arrive tout de même à dérider mon estomac. Benoit quitte précipitamment la tente avant de re-rentrer un peu plus détendu : il est le premier d’entre nous à vomir. Quentin de son côté n’est toujours pas au mieux et ne mange pas beaucoup. Fred se pose quelques questions et se dit qu’il aurait pu être très bien dans son salon au lieu d’être là à braver altitude et grésil. Plus personne dans le groupe ne remet en cause l’utilité de la tente de mess, nous ressentons le froid de la montagne à chaque instant.
Obédi lance son briefing pour les prochaines heures : il faut remplir les gourdes, l’eau va geler cette nuit, il faut protéger les récipients avec des chaussettes et porter les bouteilles à l’envers (goulot en bas) pour être sur de pouvoir continuer à boire. Certains demandent de l’eau chaude pour faire du thé ou essayer de préserver leur poche à eau du gel. Les guides nous distribuent des kits de survie : une boisson à la mangue, des cacahouètes, des noix de cajou, une espèce de mars local, un gâteau farineux. Nous devrons nous réveiller à 23h, préparer nos sacs (y compris celui pour les porteurs) avant 23h30, à minuit ce sera la fin du petit déjeuner, minuit dix le départ. Si quelqu’un est en retard le groupe partira sans lui. Si pendant la montée quelqu’un s’arrête, le groupe continuera sans lui. Si à la fin d’une pause quelqu’un n’est pas prêt à repartir, le groupe continuera sans lui. Ça à le mérite d’être clair!
Nous retournons nous coucher vers 19h alors que la nuit est déjà tombée, une couche de givre recouvre les tentes … il ne fait pas chaud mais dans 5h nous débuterons l’ascension finale!
