06h50, le réveil sonne. Ça pique. Il y a une heure de décalage horaire avec la France soit l’équivalent de 05h50 chez nous… et les deux nuits précédentes n’ont duré que 5h chacune! L’accumulation du manque de sommeil commence à se faire sentir. En guise de motivation je répète à Béné toutes les 10 à 15 minutes : « Aujourd’hui on part faire le Kilimandjaro! ». Je ne sais pas trop si j’essaye de la motiver ou de me réveiller … mais ça à l’air de fonctionner pour nous deux. La douche est gelée, l’eau chaude ne marche plus, j’ai beau être matinal … j’ai mal! Nous allons partir pour 5 jours sans eau courante, cette dernière douche n’est malheureusement pas une option… après une profonde inspiration je plonge ma tête sous le jet glacé, la réaction est quasi instantanée : claquage de dents et chair de poule pour la prochaine demi heure!
Grelotants, nous rejoignons les autres au déjeuner. Tout le monde est excité par le départ, le lodge a maintenu le niveau de son buffet et nous déjeunons assez solidement en prévision des 4h de route qui nous attendent! Le rendez vous avec le guide est à 7h50 pour charger les bagages, nous croisons Obédi au moment de retourner vers nos chambres, il est en avance et nous attend depuis 7h30.
Le voyage s’effectuera dans le même bus que la veille, les sacs « marine » destinés aux porteurs voyageront sur le toit, les autres au fond du bus. Une bonne humeur générale se dégage du groupe, nous posons pour quelques photos, les premières blagues jaillissent, le guide s’y met aussi avec un « c’est parti mon kili! » indiquant le départ.
Nous quittons rapidement la ville pour nous engager sur une large deux voies. A ma surprise la route est entièrement goudronnée (d’après je ne sais plus quel guide n’y a que 10% des routes goudronnées en Tanzanie, je me rends rapidement compte que les grands axes touristiques en fond partie!). Je suis frappé du nombre d’habitations non terminées (les murs en parpaings sont construits mais soit il manque les fenêtres et la porte, soit la toiture!). La végétation change : dans un premier temps une grande plaine où une végétation clairsemée se développe puis une plaine plus sèche, limite aride avant d’arriver dans une zone plus luxuriante où les bananiers dominent le paysage!
Les villages croisés n’ont plus ni caniveaux ni trottoirs! La terre est partout, ce qui interpelle le plus est le nombre d’enfants marchant le long des routes en costume d’écolier. Nous en croiserons des centaines aux uniformes colorés en fonction de leur âge. Les adultes ne sont pas en reste, de nombreux groupes d’hommes discutent devant les maisons des hameaux que nous traversons. Ici deux hommes réparent une moto, là un troupeau de vaches / chèvre / ânes mélangés est conduit le long d’une route … De très nombreux hommes sont assis sur leur moto dans l’attente d’un éventuel client à transporter. Le code de la route est assez souple ici, ligne blanche veut dire « attention avant de doubler », la bande d’arrêt d’urgence sert à libérer de la place au milieu de la route en cas de besoin, nous nous faisons doubler par une moto transportant 4 personnes…
A chaque arrêt du bus un nouveau guide / porteur nous rejoint! Rapidement une dizaine de personnes monte dans le bus! 4 sur la rangée de devant (chauffeur compris!), 5 sur la deuxième rangée, tous les strapontins possibles ont été rajoutés pour augmenter la capacité du bus! Obédi nous a prévenu que notre expédition comptera 38 personnes, nous n’avons pas trop compris si c’était nous compris ou non, mais ,dans tous les cas, ça commence à faire beaucoup!! Lors d’une pose où nous descendons, le chauffeur demande à nous prendre en photo, quelques guides dont David feront pareil!
Malgré ses 4h, la route est loin d’être monotone, de très nombreux ralentisseurs (ultra violents!) viennent ponctuer les lignes droites des plaines, et les virages dangereux des contreforts du massif. Dans la montée vers les portes du Kilimandjaro alors que notre bus souffre du dénivelé nous croisons un camion en panne dans un virage, le bus ralenti, les fenêtre s’ouvrent : « Avez vous besoin d’aide ? » lance le chauffeur, « c’est bon » répondent les trois hommes en train de réparer (David me fait la traduction), nous ré-accélérons, je ne peux m’empêcher d’imaginer la même scène dans les Alpes ou les Pyrénées et le concert de klaxons qui aurait accompagné la réparation.
Nous traversons Moshi sans nous y arrêter, le temps de nous en rendre compte la bourgade est déjà loin derrière … tant pis il faudra faire avec trois gourdes au lieu de quatre pour Béné et moi et je n’aurais ni bâtons ni guêtres! Les autres membres du groupe qui devaient compléter leur équipement font aussi un peu la tête mais personne ne sait à ce stade s’il est vraiment problématique de ne pas avoir ces objets … optionnels dans la liste Allibert!!
Les guides nous indiquent une première porte sur la gauche de la route : Marangu Road. Nous ressortirons du parc par ici mais pour l’instant nous continuons vers le Kenya, frôlons un poste frontière et arrivons enfin à Nalemoru Gate, plus connu sous le nom de Voie Rongai! L’arrivée est assez épique, engagé dans un chemin de terre chaotique le bus fait demi tour, nous pensons que le chauffeur s’est trompé… en fait nous sommes arrivés!
La porte est constituée de petites baraques, une pour les touristes, le reste pour les guides et les rangers qui gardent le parc. Nous nous installons dans l’enclos à touristes, les guides nous apportent une box déjeuner, la nourriture est très très dense (il faut bien mâcher les gâteaux!!!). Pendant ce temps le bus est déchargé et les sacs que nous avons laissés aux porteurs sont pesés. Des groupes sont déjà en train de partir et nous voyons des porteurs chargés d’un sac dans le dos et d’un autre sur la tête s’enfoncer dans la forêt de conifères qui longe la route.
Obédi profite du repas pour faire un dernier briefing avant le départ : après nous avoir présenté trois autres guides : Johnny, qui semble assez âgé, Emmanuel, qui est en quelque sorte l’intendant de l’expédition ( et nous comprendrons plus tard qu’intendant veut aussi dire grand chef) et Barrak, le frère d’Emmanuel qui doit a peine dépasser les 20 ans et dont nous ne saisissons pas trop le rôle à ce stade!) il enchaine par le parcours. Obédi indique que nous sommes à environ 2200m d’altitude (en pratique nous sommes à 2000!) et que nous allons nous rendre à Simba Camp (Simba signifiant … Lion!) à 2600m d’altitude. La marche durera environ 3h et se fera dans le sous-bois de la forêt. Pas de difficulté particulière à signaler, nous pouvons chausser les chaussures de trail plutôt que les chaussures de marche. Obédi nous explique aussi le plan de route, 5 jours et 4 nuits pour gravir le Kilimandjaro et ressortir du parc. Il nous donne le détail des camps et des altitudes, chacun écoute, j’ai du mal à me dire que je suis vraiment là. Obédi me rappelle à la réalité : « Départ dans 5 minutes ».
Tout le monde s’affaire, nous complétons nos gourdes avec de l’eau minérale pour la dernière fois, les prochaines devront être purifiées avec un micropur, les appareils photos sont sortis et réglés. Obédi nous lance à nouveau un « C’est parti mon Kili! », un dernier regard vers le bus et la colonne s’ébranle.
L’ascension vient de commencer.
