Jambo Tanzania!

 

Vendredi 13 septembre, 22H. Le départ est pour demain, cela fait déjà plusieurs semaines que nous repoussons la finalisation de nos bagages; le repas n’est pas totalement fini, les sacs de voyage sont éparpillés sur le sol et un stock impressionnant de médicaments trône sur la table du salon… Jamais dernière ligne droite ne m’avait parue aussi longue avant un voyage! Entre les visas, la récupération de dollars américains, les vaccins, les médicaments multiples « à ne prendre que si vous êtes en train de mourir » (sic du médecin), l’entrainement physique et la  liste de matériel, à rallonge, permettant de marcher sous des températures allant de +30° à -15°… Difficile de se concentrer sur l’essentiel! Il faut bien faire des choix, nous répartissons les médicaments entre les sacs, alourdissons le tout en prenant un T-shirt par jour de marche, bourrons les sacs à dos pour voyager avec nos chaussures de marche et duvets en cas de problème d’avion … J’écoute Instant Crush en relisant pour la quinzième fois la liste de matériel proposée par Allibert.

Allibert est une agence de voyages qui va nous guider en Afrique de l’est, en Tanzanie, pour tenter de gravir le Kilimandjaro et rendre visite aux animaux vivant dans le cratère du Ngorongoro! Neuf jours de voyage : deux pour les transports, un pour visiter Arusha, point de départ des treks du nord du pays, cinq pour l’ascension du Kilimandjaro puis une journée pour le cratère. Le voyage sera concentré mais laisse espérer des moments d’exception.

07h du matin, le réveil sonne, la nuit a été courte : nous nous sommes couchés un peu avant deux heures du matin. Petit déjeuner accompagné d’un cachet de Malarone, l’antipaludique le plus en vogue. Les effets secondaires ne se font pas encore trop sentir, nous le prenons depuis la veille et ,à par une fatigue généralisée, rien à signaler. RER A, RER B, CDGVAL… le parcours classique d’un parisien devant se rendre à Roissy-Charles de Gaulle débute. L’avion doit décoller à 11H25, nous nous enregistrons au comptoir de Turkish Airlines avec plus de deux heures d’avance, dans la file d’attente nous commençons à repérer des personnes présentant les mêmes symptômes que nous : sac à dos d’environ 35L, chaussures de trail ou de marche aux pieds, papiers « Allibert » à la main pour récupérer leur billet!

Après un détour par un magasin Relay pour récupérer le Lonely Planet dont nous parlons depuis plusieurs mois sans l’avoir jamais acheté, nous arrivons en salle d’embarquement. Première surprise : deux avions pour Istanbul (notre première étape) sont annoncés à 10 minutes d’intervalle, et notre avion a été déplacé vers une porte en bordure de la salle d’embarquement! Pour essayer de ne pas m’alarmer de certains souvenirs je commence la lecture du guide, tandis que  Béné continue de repérer de potentiels co-marcheurs!

11h10, notre vol est censé décoller dans 15 minutes, une longue file se forme devant la porte d’embarquement. Nous restons assis et attendons que le personnel Turkish Airlines se présente. 11h30,  11h45, 12h … le temps passe mais rien ne bouge! 12h25, une heure de retard, nous rejoignons la fille d’attente qui serpente dans la salle d’embarquement largement au delà de l’espace réservé à notre porte. C’est la cohue, certains doublent, d’autres poussent … tout le monde réussit à trouver son siège et le vol débute : direction Istanbul pour une escale de quelques heures avant de voler pour la Tanzanie!

Après un vol parfait (nourriture, siège, choix des films … vraiment top!) nous nous posons à l’aéroport d’Istanbul. Le survol de la ville et du détroit est magnifique. La séparation entre les voyageurs en transit et ceux arrivés à destination est réalisée à l’embranchement de deux couloirs par une hôtesse au ton sec et cassant … Au moins nous ne sommes pas en retard pour notre correspondance et ,au lieu des deux heures d’attente, nous n’en aurons qu’une! Il vaut mieux d’ailleurs, les salles d’embarquement sont bondées, nous trouvons difficilement des sièges. L’embarquement débute enfin, un petit tour en bus et nous voilà dans l’avion, 60% des passagers sont équipés de sac à dos, les 40% restant ont plus un profil safari photo (je vous laisse juge de ce que je peux bien vouloir dire par là 🙂 ). Je lance un film sans attendre le décollage, 40 minutes plus tard l’avion bouge enfin! Le vol est à nouveau parfait mais la fatigue commence à s’accumuler. Nous nous posons un peu après 1h du matin, sur le tarmac de l’aéroport « Kilimandjaro ». Vérification des visas, prise d’une photo, scan des empreintes des deux mains… il faut montrer patte blanche pour entrer en Tanzanie!

Nous passons enfin toutes ces formalités et récupérons nos sacs avant de nous diriger vers la personne tenant un panneau Allibert dans ses mains! Les clients sont séparés entre les différentes voies Rongai, Machame … pour nous se sera sans surprise Rongai! Nous sommes rapidement rejoints par Séverine et Roger tous deux initialement partis dans le groupe Machame puis ce sont ensuite six autres personnes (Nadège, Frédéric, Benoit, Quentin, Maël et Gopu!) qui complètent le groupe : nous serons 10 pour cette aventure!

Vers 2h du matin nous rejoignons le bus qui nous amènera à l’hôtel, les sacs de voyage sont chargés sur le toit, les sacs à dos stockés au fond du bus! L’esthétique des couvre-sièges en plastique imitation dentelle est discutable mais ce n’est pas l’essentiel!

L’aéroport est situé entre les provinces du Kilimandjaro et d’Arusha, notre destination. Après 50 minutes de route goudronnée, le bus s’engage sur un chemin de terre défoncé, tout le monde se réveille!

Nous sommes accueillis sympathiquement par le personnel d’Oasis Lodge qui m’apprend mon premier mot Tanzanien : Jambo (Salut), les chambres sont réparties et chacun se sépare. Quelques minutes plus tard Maël, Quentin et Fred passent dans la chambre pour proposer un rendez vous déjeuner à 9h30 le lendemain. Il est presque 4h du matin, le chant des coqs réponds aux chiens qui hurlent à la mort … nous installons la moustiquaire avant de sombrer dans le sommeil. Jambo Tanzania!

Arusha et préparatifs du Kilmandjaro!

Après une courte nuit, nous nous dirigeons vers le restaurant du lodge… Un peu en retard, d’une manière très inconsciente j’ai confondu heure du réveil et heure du rendez vous! A la lumière du jour le lodge est super sympa, avec de petits bungalows en guise de chambres! Le reste du groupe est déjà là, nous faisons un peu plus connaissance qu’hier, métiers, motivations et programme de la journée sont au menu du petit déjeuner à l’accent britannique servi par le lodge!

Nous décidons de nous donner rendez vous à 11h avec le reste du groupe pour une excursion dans Arusha. Nos guides touristiques racontent tous la même chose : ville de 300 000 habitants à environ 1300/1400 m d’altitude. Son principal intérêt est d’être le point de départ des treks de la région, à ne pas négliger en cas de visite : le tribunal pénal international pour le Rwanda et le marché. Après une brève concertation ce sera le marché! Nous demandons à l’accueil d’appeler des taxis, suite à un bref négoce il nous en coutera 25$ par voiture (deux voitures de 6 places!) pour l’aller, le retour, et l’attente sur place. Nous ne sommes pas encore habitués aux tarifs locaux mais ça semble bien, en route pour Arusha!!

Je pars dans la ville sans mon appareil photo sur les conseils d’Allibert : un appareil « haut de gamme » (ce qui est très relatif dans mon cas) peut représenter un an ou plus de salaire ici, autant de pas créer de problème, je prends quelques photos avec mon téléphone portable depuis la voiture puis au Massaï Market. Les routes sont bordés par des maisons sans crépi ou peintes avec des couleurs pastels, il y a des trottoirs presque partout, les caniveaux sont immenses pour la saison des pluies. Des publicités sont omniprésentes; Coca, Pepsi et Vodacom en tête. Partout des gens qui marchent et un respect du code de la route relativement approximatif!

Nous passons devant les bâtiments austères du TPI pour le Rwanda, de grandes paraboles rappellent l’aspect international de cette institution, le chauffeur marmonne une phrase en indiquant le lieu puis accélère pour traverser un carrefour.

Nous arrivons finalement au Maasaï market … et pas market tout seul, en effet à notre surprise les taxis ne nous ont pas conduit au vrai marché mais à un marché pour touristes … il faut bien le dire. Les échoppes de 5 à 7m carrés s’enchainent, les commerçants sont avenants au possible, multipliant invitations et  serrages de mains. Rapidement l’atmosphère devient pesante, la sympathie est trop ostentatoire, il y a trop de marchants, trop de produits identiques, de temps en temps une main serrée refuse de nous laisser repartir ou une tape sur l’épaule devient une pression continue vers une échoppe. Nous battons tous en retraite sans rien acheter, il n’y à que Quentin qui s’attarde pour discuter kayak avec un Tanzanien!

Nous partons ensuite à la recherche d’un restaurant, ceux indiqués par le guide ne sont pas ouverts ou nous nous égarons. La ville n’est pas très jolie mais nous ne nous y sentons pas mal, des enfants jouent, des magasins sont ouverts un peu partout. Notre seul vrai problème vient des trop nombreux marchants à la sauvette ou rabatteurs qui sont capables de nous suivre sur plusieurs centaines de mètres pour essayer de vendre un chapeau ou un guide! « Free for the eyes », « Sunday price » tout y passe, encore et encore les mêmes arguments, ça devient très pesant. Nous sommes finalement abordés par un francophone à l’accent parfait, il indique n’avoir rien à faire et avoir envie de parler Français, il peut nous orienter vers des restaurants mais si nous ne voulons pas ce n’est pas grave! Finalement après nous être une nouvelle fois perdus nous le suivons dans un restaurant « compatible avec les touristes » d’un point de vue nourriture. Les plats sont en effet très occidentaux, j’opte pour des lasagnes, notre guide se fait offrir à manger en échange des 10 touristes amenés.

Les lasagnes arrivent, finalement elles ne sont pas si occidentales que ça!! Sans béchamel ni vrai bolognaise mais avec de la coriandre et du céleri … ça passe! Notre guide du jour nous indique des groupes d’hommes porteurs de drapés à carreaux rouges / bleus. Il s’agit de vendeurs de Tanzanite : une superbe pierre précieuse locale! Le drapé est un marqueur social qui permet aux vendeurs d’être reconnus, même si tout se passe dans la rue il vaut mieux ne pas prendre de photos!

Nous laissons 10$ à notre guide avant de rentrer au lodge vers 15h, un peu fatigués par les multiples sollicitations de la journée mais heureux de la visite de la ville! Nous retrouvons Obédi (écrit phonétiquement!) le chef guide de notre expédition et Quentin (qui n’est pas le même que celui dont j’ai parlé précédemment), support local d’Allibert. Nous avions déjà vu Obédi la veille à l’aéroport, c’est lui qui avait fait le tri entre les groupes et nous avait accompagné jusqu’au lodge! La quarantaine, pas très grand, assez fin, il parle avec l’assurance de celui qui sait et le calme de celui qui commande, un gros charisme se dégage de lui et tout le monde l’écoute. Quentin est d’une toute autre veine, il n’est pas très au fait du contenu de notre voyage « euh oui le repas de ce soir, attendez, je vais vérifier », « ah bon il n’y a pas marqué que c’est obligatoire ? », « oui non peut être ». Bref il est surtout là pour récupérer les 680$ par personne que coute l’entrée du parc, évidement il est venu sans monnaie (bah oui 680USD, tout le monde à le compte exact, arriver avec des billets de 20 aurait peut être été compliqué!!) et refuse les billets d’avant 2002 « sinon je vais avoir du mal à les encaisser sur place ». Après quelques échanges de monnaie entre participants le compte est bon. Nous rencontrons aussi David, apprenti guide, il doit avoir la moitié de l’âge d’Obébi et est en apprentissage cette année pour devenir guide l’an prochain. Son sourire est aussi large que son visage, plutôt petit et plus frêle qu’Obedi, il semble encore timide et hésitant sur son français mais respire la sympathie et la gentillesse!

Obédi nous remet les sacs qui seront confiés aux porteurs . Le poids maximum est de 9kg, Quentin à une balance, mais il doit partir dans 15 minutes, du coup il faudra faire sans, heureusement Gopu est équipé d’une « lampe de poche-balance » qu’il pourra nous prêter. Quentin nous dit qu’il essayera de repasser nous voir avant la fin du séjour mais ce n’est pas sur qu’il ait le temps … sans surprise nous ne le recroiserons pas.

Nous partons faire un tour dans la piscine du lodge pour nous détendre avant de préparer les sacs du trek. Nous découvrons à ce moment que Béné a oublié une de ses gourdes, de mon côté je n’ai ni bâtons ni guêtres (optionnels sur la fiche du séjour mais obligatoires du point de vue du guide). Normalement nous devons faire une étape par Moshi avant d’entrer dans le parc qui nous permettra de compléter l’équipement.

Nous retrouvons le reste du groupe pour peser nos sacs et partager une bière « Kilimandjaro » avant d’aller diner ensemble au restaurant du lodge (payé par Allibert mais organisé d’une manière un peu bancale!)

Nous rentrons pleins d’excitation à la chambre pour nous coucher : demain nous foulerons les flans du Kilimandjaro!

C’est parti mon Kili!

06h50, le réveil sonne. Ça pique. Il y a une heure de décalage horaire avec la France soit l’équivalent de 05h50 chez nous… et les deux nuits précédentes n’ont duré que 5h chacune! L’accumulation du manque de sommeil commence à se faire sentir. En guise de motivation je répète à Béné toutes les 10 à 15 minutes : « Aujourd’hui on part faire le Kilimandjaro! ». Je ne sais pas trop si j’essaye de la motiver ou de me réveiller … mais ça à l’air de fonctionner pour nous deux. La douche est gelée, l’eau chaude ne marche plus, j’ai beau être matinal … j’ai mal! Nous allons partir pour 5 jours sans eau courante, cette dernière douche n’est malheureusement pas une option… après une profonde inspiration je plonge ma tête sous le jet glacé, la réaction est quasi instantanée : claquage de dents et chair de poule pour la prochaine demi heure!

Grelotants, nous rejoignons les autres au déjeuner. Tout le monde est excité par le départ, le lodge a maintenu le niveau de son buffet et nous déjeunons assez solidement en prévision des 4h de route qui nous attendent! Le rendez vous avec le guide est à 7h50 pour charger les bagages, nous croisons Obédi au moment de retourner vers nos chambres, il est en avance et nous attend depuis 7h30.

Le voyage s’effectuera dans le même bus que la veille, les sacs « marine » destinés aux porteurs voyageront sur le toit, les autres au fond du bus. Une bonne humeur générale se dégage du groupe, nous posons pour quelques photos, les premières blagues jaillissent, le guide s’y met aussi avec un « c’est parti mon kili! » indiquant le départ.

Nous quittons rapidement la ville pour nous engager sur une large deux voies. A ma surprise la route est entièrement goudronnée (d’après je ne sais plus quel guide n’y a que 10% des routes goudronnées en Tanzanie, je me rends rapidement compte que les grands axes touristiques en fond partie!). Je suis frappé du nombre d’habitations non terminées (les murs en parpaings sont construits mais soit il manque les fenêtres et la porte, soit la toiture!). La végétation change : dans un premier temps une grande plaine où une végétation clairsemée se développe puis une plaine plus sèche, limite aride avant d’arriver dans une zone plus luxuriante où les bananiers dominent le paysage!

Les villages croisés n’ont plus ni caniveaux ni trottoirs! La terre est partout, ce qui interpelle le plus est le nombre d’enfants marchant le long des routes en costume d’écolier. Nous en croiserons des centaines aux uniformes colorés en fonction de leur âge. Les adultes ne sont pas en reste, de nombreux groupes d’hommes discutent devant les maisons des hameaux que nous traversons. Ici deux hommes réparent une moto, là un troupeau de vaches / chèvre / ânes mélangés est conduit le long d’une route … De très nombreux hommes sont assis sur leur moto dans l’attente d’un éventuel client à transporter. Le code de la route est assez souple ici, ligne blanche veut dire « attention avant de doubler », la bande d’arrêt d’urgence sert à libérer de la place au milieu de la route en cas de besoin, nous nous faisons doubler par une moto transportant 4 personnes…

A chaque arrêt du bus un nouveau guide / porteur nous rejoint! Rapidement une dizaine de personnes monte dans le bus! 4 sur la rangée de devant (chauffeur compris!), 5 sur la deuxième rangée, tous les strapontins possibles ont été rajoutés pour augmenter la capacité du bus! Obédi nous a prévenu que notre expédition comptera 38 personnes, nous n’avons pas trop compris si c’était nous compris ou non, mais ,dans tous les cas, ça commence à faire beaucoup!! Lors d’une pose où nous descendons, le chauffeur demande à nous prendre en photo, quelques guides dont David feront pareil!

Malgré ses 4h, la route est loin d’être monotone, de très nombreux ralentisseurs (ultra violents!) viennent ponctuer les lignes droites des plaines, et les virages dangereux des contreforts du massif. Dans la montée vers les portes du Kilimandjaro alors que notre bus souffre du dénivelé nous croisons un camion en panne dans un virage, le bus ralenti, les fenêtre s’ouvrent : « Avez vous besoin d’aide ? » lance le chauffeur, « c’est bon » répondent les trois hommes en train de réparer (David me fait la traduction), nous ré-accélérons, je ne peux m’empêcher d’imaginer la même scène dans les Alpes ou les Pyrénées et le concert de klaxons qui aurait accompagné la réparation.

Nous traversons Moshi sans nous y arrêter, le temps de nous en rendre compte la bourgade est déjà loin derrière … tant pis il faudra faire avec trois gourdes au lieu de quatre pour Béné et moi et je n’aurais ni bâtons ni guêtres! Les autres membres du groupe qui devaient compléter leur équipement font aussi un peu la tête mais personne ne sait à ce stade s’il est vraiment problématique de ne pas avoir ces objets … optionnels dans la liste Allibert!!

Les guides nous indiquent une première porte sur la gauche de la route : Marangu Road. Nous ressortirons du parc par ici mais pour l’instant nous continuons vers le Kenya, frôlons un poste frontière et arrivons enfin à Nalemoru Gate, plus connu sous le nom de Voie Rongai!  L’arrivée est assez épique, engagé dans un chemin de terre chaotique le bus fait demi tour, nous pensons que le chauffeur s’est trompé… en fait nous sommes arrivés!

La porte est constituée de petites baraques, une pour les touristes, le reste pour les guides et les rangers qui gardent le parc. Nous nous installons dans l’enclos à touristes, les guides nous apportent une box déjeuner, la nourriture est très très dense (il faut bien mâcher les gâteaux!!!). Pendant ce temps le bus est déchargé et les sacs que nous avons laissés aux porteurs sont pesés. Des groupes sont déjà en train de partir et nous voyons des porteurs chargés d’un sac dans le dos et d’un autre sur la tête s’enfoncer dans la forêt de conifères qui longe la route.

Obédi profite du repas pour faire un dernier briefing avant le départ : après nous avoir présenté trois autres guides : Johnny, qui semble assez âgé, Emmanuel, qui est en quelque sorte l’intendant de l’expédition ( et nous comprendrons plus tard qu’intendant veut aussi dire grand chef) et Barrak, le frère d’Emmanuel qui doit a peine dépasser les 20 ans et dont nous ne saisissons pas trop le rôle à ce stade!) il enchaine par le parcours. Obédi indique que nous sommes à environ 2200m d’altitude (en pratique nous sommes à 2000!) et que nous allons nous rendre à Simba Camp (Simba signifiant … Lion!) à 2600m d’altitude. La marche durera environ 3h et se fera dans le sous-bois de la forêt. Pas de difficulté particulière à signaler, nous pouvons chausser les chaussures de trail plutôt que les chaussures de marche. Obédi nous explique aussi le plan de route, 5 jours et 4 nuits pour gravir le Kilimandjaro et ressortir du parc. Il nous donne le détail des camps et des altitudes, chacun écoute, j’ai du mal à me dire que je suis vraiment là. Obédi me rappelle à la réalité : « Départ dans 5 minutes ».

Tout le monde s’affaire, nous complétons nos gourdes avec de l’eau minérale pour la dernière fois, les prochaines devront être purifiées avec un micropur, les appareils photos sont sortis et réglés. Obédi nous lance à nouveau un « C’est parti mon Kili! », un dernier regard vers le bus et la colonne s’ébranle.

L’ascension vient de commencer.

Nalemuru Gate (2000m) – Simba Camp (2600m)

14h30, la marche débute. Dans son briefing, Obédi a été très clair sur les règles à respecter : il faut écouter le guide et respecter son rythme de marche. Si nous voulons arriver en haut il ne faut pas nous disperser et marcher « Polé Polé » (ce qui peut se traduire assez littéralement par « doucement doucement »), le début du trek n’échappe pas à cette règle et nous nous enfonçons lentement dans le sous bois.

Rapidement nous sommes rattrapés par deux écolières qui restent un petit moment à notre niveau. Les inscriptions sur les sacs ressemblent à ce que nous avons connus dans les années 80 : « I love school and I love my teacher ». Une des petites filles marche en sandales. Les guides nous expliqueront un peu plus tard que l’école n’est réellement obligatoire et comprise comme étant importante par les Tanzaniens que depuis quelques années, certains élèves sont obligés de faire plusieurs heures de marche par jour pour rejoindre leurs cours. Au vu du nombre d’enfants croisés marchant sur le bord des routes ce matin je n’ai aucun mal à les croire (j’ai un peu plus de mal à saisir le rythme scolaire : quel que soit le moment de la journée nous avons vu des écolier marcher sur le bord de la route!!!).

Au bout d’une heure de sous bois, alors que la route n’est pas très variée nous croisons une meute de babouins! Si la rencontre n’est pas surprenante dans cette région d’Afrique, elle est inattendue!! Nous restons une bonne dizaine de minutes à contempler les singes courir devant nous, grimper dans les arbres, jouer entre eux … et nous regarder d’un air méfiant! Nous reprenons notre marche, toujours accompagnés des deux écolières puis nous retrouvons à un carrefour deux autres enfants qui attendaient visiblement nos nouvelles amies. Celles ci nous disent adieu d’un signe de la main … après nous avoir demandé si, par hasard, nous n’aurions pas du chocolat à leur donner!!

La marche continue, nous croisons une moto transportant des branches coupées, puis nous traversons un village, le dernier avant le sommet m’indique Obédi. des deux côtés de la route des femmes tiennent des comptoirs fabriqués avec les matériaux locaux et proposent des sodas occidentaux. Le tourisme est une manne à exploiter jusqu’au bout! Nous faisons une pause après deux heures de marche dans une aire aménagée. Les toilettes sont rustiques, les bancs coupants … qu’importe nous avons tous un large sourire sur le visage. La marche reprend, toujours polé polé, le guide s’arrête pour nous montrer une fourmilière dans un arbre, nous parler d’une fleur … la progression continue dans un environnement luxuriant.

Un peu avant 18h nous arrivons au camp, une grande maison de bois fait office de bureau central. Nous sommes obligés de nous inscrire dans un registre (numéro de passeport inclus!). Pendant ce temps les rangers pèsent à nouveau tous les sacs. Obédi nous explique que le poids est très strictement limité à 20kg par porteur à la suite d’abus et d’accidents. Le mode de portage traditionnel tanzanien (sur la tête) a été à l’origine de plusieurs décès. Obédi nous donne l’exemple des porteurs d’eau, incapables de lever eux même leur charge et obligés de marcher sans s’arrêter entre le départ et l’arrivée ou encore le cas de guides demandant à des porteurs de faire des allers retours entre les camps pour limiter la main d’œuvre et augmenter le profit. Maintenant tout est réglementé et on sent que ça plait bien à notre guide. Comme tous les guides il a commencé porteur dans cette époque non réglementée et il n’a pas l’air mécontent de ne plus avoir à risquer la vie de ses associés! Il précise aussi que les sacs sont pesés à plusieurs étapes du trek, et gare au guide qui dépasserait la limite pour un de ses porteurs!

Le camp est déjà monté au moment où nous arrivons. En fait, ce sera le cas tous les jours. Des tentes deux personnes pour les marcheurs, une tente de mess pour les repas, une autre pour les toilettes chimiques. Il y a aussi une tente « cuisine » et d’autres tentes dans lesquelles dorment les porteurs et les guides … ça fait beaucoup de tentes tout ça et finalement nous sommes assez serrés au milieu des autres groupes!

Les guides nous apportent des bassines d’eau chaude pour une toilette rapide, grâce à Guillaume j’ai embarqué des lingettes bébé pour compléter la bassine… ce n’est pas de trop!! Nous nous retrouvons vers 18h30 pour un gouter : du thé / café en poudre /chocolat en poudre / lait en poudre + des gâteaux secs , et des popcorns!! Il fait très chaud dans la tente.

Un peu naïvement nous demandons pourquoi nous sommes dans une tente, on serait mieux dehors! Obédi sourit avant de répondre : « Parce que ici c’est un peu haut de gamme, alors vous avez les tables, la tente, tout ça ». Puis voyant que la réponse ne nous a que moyennement convaincu il ajoute : « Au camp avant le sommet il fait aussi un peu froid, la pierre est froide, les gens préfèrent la tente ». Obedi parle très bien français, il a appris à l’école des guides et n’a depuis travaillé qu’avec des voyagistes de notre pays (il nous sort une longue liste!). Depuis quelques années il travaille surtout avec Allibert. Après une pause de quelques minutes pour permettre aux porteurs de débarrasser la table / préparer le dîner nous sommes de retour dans la tente. Le repas est surprenant de richesse : suprême de poulet en entrée accompagné de pain de mie grillé, pommes de terre sautées et bœuf en plat et banane en dessert. Excellent.

Obédi nous parle de la montagne : le Kilimandjaro est un massif composé de trois pics, le Shira à l’ouest (3960m), le Mawenzi à l’est (5150) et le Kibo au centre, 5895m à son sommet, l’Uhuru Pic, anciennement nommé Kaiser-Wilhelm-Spitze puis débaptisé en 1918 lors du remplacement de la gouvernance allemande par le pouvoir Anglais; Uhuru signifie liberté en swahili. Nous posons quelques questions sur le taux de succès : Obédi en est en gros à sa dixième ascension de l’année, le taux moyen est de 70% avec des plus et des moins (un groupe de 15 est arrivé entièrement au sommet, un groupe de 11 a par contre été décimé avec seulement 5 arrivants). Dans un sourire Obédi précise une nouvelle fois : « il faut aller polé polé ».

Avant la fin du repas, le guide fait venir dans la tente Kindo, le cuisinier, que nous applaudissons et Massaoué qui à un rôle mixte de porteur la journée et serveur le soir. A chaque fin de plat Obédi a en effet lancé un sonore « Massaoué jo » (« jo » voulant dire « venir’ ou « arriver » suivant les contextes) auquel le dénommé Massaoué a invariablement répondu par un « Massaoué ». C’est un peu bizarre mais ils ont l’air de bien s’entendre et Massaoué est redoutable d’efficacité!

La nuit tombe tôt, vers 20h30 nous sommes de retour dans nos tentes, les duvets sont de sortie, demain sera une grosse journée : 1300m de dénivelé pour aller rejoindre un camp à 3900m d’altitude : 500m au dessus du plus haut sommet des Pyrénées, au dessus des plus hauts refuges gardés du mont blanc, la haute montagne s’approche à grand pas.